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Analyse économique

Lettonie 2026 : la reprise est là, mais elle change de nature

Après deux années difficiles, l’économie lettone a retrouvé une dynamique de croissance. Derrière l’amélioration des indicateurs se dessine surtout une transformation intéressante pour les entreprises françaises : davantage d’investissement public, une accélération des projets européens et une demande croissante dans l’industrie, les infrastructures, la défense, la santé et la digitalisation.

Une reprise désormais visible dans les chiffres

Après deux années de contraction — −0,9 % en 2023 et −0,4 % en 2024 — l’économie lettone a progressé de 2,1 % en 2025. Les données disponibles pour 2026 montrent que cette reprise s’est poursuivie et même renforcée au premier semestre.

Au deuxième trimestre 2026, le PIB réel a progressé de 3,0 % sur un an et de 0,7 % par rapport au trimestre précédent. Sur l’ensemble du premier semestre, la croissance atteint 2,8 %.

La composition de cette croissance mérite davantage d’attention que le chiffre lui-même.

Le commerce contribue fortement à la reprise, mais l’industrie manufacturière affiche également une progression de 5,5 % au deuxième trimestre, avec une hausse de l’activité dans 16 des 22 sous-secteurs industriels suivis par le bureau statistique letton. Les services d’information et de communication participent eux aussi positivement à la croissance. À l’inverse, le transport et le stockage restent sous pression.

Il ne s’agit donc plus uniquement d’un rebond de consommation après plusieurs années difficiles. Une partie de la reprise se déplace vers l’investissement et l’appareil productif.

L’investissement devient le véritable sujet

C’est probablement le signal économique le plus important à suivre en Lettonie en 2026.

L’investissement avait déjà rebondi de 9,8 % en 2025, soutenu par les investissements privés, les financements européens et les dépenses liées à la défense. La Commission européenne prévoit qu’il continue de progresser en 2026 et 2027.

Mais derrière ces pourcentages se trouvent des montants très concrets.

Le ministère letton des Finances estime à plus de 1,4 milliard d’euros le potentiel de dépenses en 2026 provenant des fonds européens et de la Facilité pour la reprise et la résilience. Les appels à projets de la programmation européenne 2021–2027 représentaient déjà 3,9 milliards d’euros en mars 2026, tandis que 2,8 milliards d’euros de contrats avaient été signés.

Ces investissements concernent notamment les infrastructures routières, les établissements de santé et d’éducation, la digitalisation, l’efficacité énergétique et le développement des entreprises.

Autrement dit, pour une entreprise étrangère observant la Lettonie, la taille relativement modeste du marché intérieur ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Il faut également regarder les flux d’investissement qui traversent le pays.

Sécurité et défense modifient également la structure de la demande

La géographie de la Lettonie pèse naturellement sur ses choix économiques.

Le budget 2026 prévoit environ 2,2 milliards d’euros pour la défense, soit 4,9 % du PIB selon la définition OTAN. Parallèlement, une partie des financements européens est redirigée vers la résilience, les capacités industrielles de défense et les infrastructures de sécurité.

Cette évolution dépasse largement l’achat d’équipements militaires.

Elle entraîne des besoins en infrastructures, énergie, communications, cybersécurité, technologies duales, logistique, bâtiments, protection civile et continuité des services essentiels.

Les nouveaux financements EEE et norvégiens prévoient par exemple des investissements dans les abris de protection civile, les générateurs et la résilience des infrastructures de santé et de services sociaux.

Pour les entreprises françaises présentes dans l’énergie, les infrastructures, les télécommunications, l’ingénierie ou les technologies industrielles, cette évolution mérite donc une attention particulière.

France–Lettonie : les échanges repartent fortement

La relation commerciale franco-lettone bénéficie déjà de cette amélioration.

Après une baisse en 2024, les échanges de biens entre les deux pays ont progressé d’environ 9,1 % en 2025.

Les exportations françaises vers la Lettonie ont augmenté de 14,2 %, tandis que les importations françaises en provenance de Lettonie progressaient de 1,6 %. Selon les Douanes françaises, l’excédent commercial français a ainsi atteint environ 217 millions d’euros, en hausse de plus de 40 % en un an.

Il faut néanmoins être prudent dans l’interprétation des statistiques bilatérales : les données lettones et françaises présentent des différences méthodologiques importantes. Pour 2025, le bureau statistique letton aboutit par exemple à une lecture différente de la balance bilatérale.

Cette divergence statistique ne change cependant pas le signal principal : les flux de biens entre les deux économies ont nettement progressé en 2025.

Les services présentent une situation différente. Les échanges bilatéraux ont représenté environ 394 millions d’euros en 2025, légèrement en retrait, avec un excédent des services en faveur de la Lettonie.

Où regarder maintenant ?

Pour les entreprises françaises, cinq domaines apparaissent particulièrement intéressants à surveiller : infrastructures et construction, énergie et efficacité énergétique, digitalisation, santé, sécurité et technologies duales.

Ce ne sont pas nécessairement les secteurs qui enregistreront la croissance statistique la plus forte. Ce sont surtout ceux où plusieurs flux convergent aujourd’hui : politique publique, financements européens, budgets nationaux ou municipaux et besoins d’investissement.

C’est précisément cette convergence qu’il faut observer.

Un appel d’offres publié aujourd’hui représente généralement l’aboutissement d’un processus commencé plusieurs mois, parfois plusieurs années auparavant : décision politique, attribution d’un financement européen, inscription budgétaire, études, permis, puis achat.

Pour comprendre réellement les opportunités économiques en Lettonie, il faut donc regarder en amont des appels d’offres.

Une économie plus dynamique, mais pas sans contraintes

Cette reprise ne signifie pas que tous les indicateurs soient favorables.

La Commission européenne anticipe une inflation de 3,6 % en 2026 et souligne la persistance de pressions sur les coûts, notamment énergétiques. Les rémunérations continuent également de progresser rapidement dans un marché du travail où certaines compétences restent difficiles à recruter.

Les finances publiques constituent un autre point de vigilance. Les dépenses liées notamment à la défense, aux prestations sociales et aux investissements devraient maintenir une pression importante sur le déficit public dans les prochaines années.

Enfin, la Lettonie reste une petite économie très ouverte. Son évolution dépend fortement de la conjoncture européenne, des échanges régionaux et de l’environnement géopolitique.

Ce que nous allons suivre

La lecture de l’économie lettone ne peut donc plus se limiter au PIB, à l’inflation ou aux statistiques commerciales.

Pour CCEF.LV, l’enjeu sera de suivre progressivement la chaîne qui transforme les politiques publiques et les investissements en projets économiques réels :

Financement → budget → projet → investissement → achat → attribution → réalisation.

Nous suivrons notamment les marchés publics lettons, les financements européens, les programmes d’investissement, les principaux projets publics et privés et l’évolution de la présence économique française en Lettonie.

L’objectif est simple : identifier ce qui change dans l’économie lettone et comprendre ce que ces changements signifient concrètement pour les entreprises françaises.

Sources

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